Notes de voyage (page 8)

Expédition en Libye pour l'éclipse solaire totale.
 

25 mars, 21h43.
Près de Timsah.
26°23’48.71’’ N – 15°55’02.24’’ E  Télécharger le fichier KMZ

Je suis encore confortablement assis ce soir… Et la nuit est plutôt agréable, sans être trop fraîche. Nous sommes à l'abri du vent et le sable restitue la chaleur de la journée. 

Ça fait du bien, car le soleil a tapé très fort aujourd’hui ! Il faut dire qu’on continue à descendre quasiment plein  sud.

Le départ du bivouac fut assez tardif, un peu de flemme ce matin… Et on regrimpe sur le plateau et roulons face au soleil à 50 km/h. Le sol est toujours aussi plat, avec plein de petits cailloux. Nous cherchons des météorites, sans succès. Le plateau a effectivement été quadrillé, on voit des traces partout et dans tous les sens. Parfois, des amas de cailloux font penser à un tri après collecte… Nous passons près de la carcasse d’un vieux Toyota calciné. On l’a vu de loin, mais les effets de mirages amplifient tout et on a bien du mal à juger des distances… Un camion passe au loin...

Mirage ? Non, Berliet !

C’est comme pour les « falaises » qui parfois parsèment le bord du plateau. Ça paraît très impressionnant mais ça se franchit très bien en fait. Arrêt pour voir quelques fossiles au niveau d’une fracture dans le terrain. Serge a des soucis avec ses patches qui ne tiennent pas sur sa peau. Il a donc arrêté de fumer depuis ce matin. Arrêt déjeuner après être descendu (au sens strict) du plateau de Dan Al-Gani. Sous la bâche tendue entre les Toys, car le soleil tape très très fort.

Je mets de la crème solaire mais bon… J’ai l’impression que ça ne suffit pas et je prends des couleurs assez intéressantes ! 

Serge essaye tous les scotches disponibles pour faire tenir ses patches, et râle encore envers Thuraya. Ou les personnes qui doivent le contacter. Ça a l’air de ne pas être simple en fonction des opérateurs, en fait… 

On repart, et nous roulons dans ce qui me semble être le fond d’un ancien lac. Sableux, un peu de fesh-fesh. Et petit à petit, le sable commence à se faire vraiment présent par terre. Il y a parfois de petites langues sableuses, et de curieux petits monticules arrondis ne faisant pas plus de 50 cm de haut. Et à un moment, nous ne roulons plus que sur du sable uniforme. Etonnante impression, impossible de juger des distances… Par contre, c'est très reposant au niveau du confort de roulage. Puis on vit au loin la tête de quelques palmiers. Les lacs de Timsah sont en vue !

Un des lacs de Timsah

En fait les palmiers arrêtent les dunes (ou les créent, en retenant le sable, probablement) et protègent les lacs. Arrêt pour dégonfler les pneus. Puis Christian se « plantouille » dans un secteur vraiment mou. A nouveau, dégonflage des pneus. Pression finale : à peu près 1 bar. Là, le Toy sort tout de suite du sable mou. Le microdrive s’arrête une deuxième fois de fonctionner. Normal, il fait une chaleur torride. Je repasse donc sur une carte classique. 

Arrivée au bivouac. Un écrin de sable entre les palmiers… Et presque sans détritus ! J’ai dit « presque », car bon… Y’en a un peu tout de même. Rien de bien méchant, quelques boîtes de conserve par ci, un bout de plastique par là... En montant la tente, je casse une attache de mât, ça faisait deux jours qu’elle menaçait de le faire… Et le fil de lin que j’utilise alors décide de casser à tout bout de champ… Grrrr… Enfin, je réussis un dépannage de fortune… 

Ecrin de sable

Photos ensuite, le site est magnifique. Apéro, pastis. Je fais une exception depuis le début du voyage, et en bois donc… Ce pastis, pour passer la frontière, fut dissimulé (ou plutôt camouflé) dans des bouteilles de thé aromatisé. Ma foi, c’est passé… Histoire de participer un peu au débogage du Thuraya, je téléphone rapidement à la maison. Ça permet de donner des nouvelles ! C’est incroyable tout de même de téléphoner via un satellite géostationnaire, avec un téléphone à peine plus gros qu’un GSM. Le son subit un décalage d’une seconde environ, mais  il est plutôt bon. Merci Serge !

C’est marrant, on est dans un coin assez paumé mais on entend les bruits de moteur des camions au loin… En fait, il y a une piste pas loin, et dans le silence impressionnant qui règne ici la moindre vibration s'entend parfaitement. Par contre, ciel magnifique encore ce soir…

C’est calme, ça change de l’explication vive de la soirée entre Christian et Nuori. En fait il y a un peu de tension entre les deux. D'une part le côté obligatoire de prendre un accompagnateur libyen est pesant pour Christian, aussi bien humainement que financièrement. D'autre part, Nuori est un peu difficile à cerner, et a un peu de mal dans le désert où il semble s'ennuyer pas mal. Néanmoins je m'entends plutôt bien avec lui, nous arrivons à converser un peu en anglais.

Je suis encore le dernier debout, j’entends des petits rongeurs manger dans le fond d’une boîte de conserve (il y a énormément de traces dans le sable). Et je vais aller au dodo après avoir fumé une dernière pipe sous le ciel étoilé…

Ah, on dirait que mon stylo commence à manquer d’encre…